Bianca Maria Visconti, de Crémone aux cartes de cour

Bianca Maria Visconti, da Cremona alle carte di corte

Fille naturelle du dernier duc Visconti, elle épouse Francesco Sforza à Crémone en 1441. Brera conserve son portrait ; un jeu de tarots est peut-être lié à ses noces.

Bianca Maria Visconti de profil sur fond sombre : résille d’or, robe rouge brochée d’or, deux rangs de perles.
Attribué à Bonifacio Bembo, Portrait de Bianca Maria Visconti, vers 1460 (vers 1480 selon un cartel de 2018). Milan, Pinacoteca di Brera. Domaine public.

Sous la loupe La résille

Détails à regarder

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Un profil de duchesse

Une femme d’âge mûr se tient de profil, tournée vers la gauche, sur un fond presque noir. Les cheveux sont pris dans une résille d’or à losanges, semée de petites fleurs sombres, qui finit en voile replié derrière la nuque. L’oreille est nue, le cou long, le menton un peu lourd. La robe rouge est brochée d’or et de vert à grands motifs végétaux ; une bordure de petites pierres suit l’encolure et la manche, et sur l’épaule deux rangs de grosses perles rejoignent un bijou à pierre rouge.

Elle ne regarde pas le spectateur. Ce profil strict fait penser aux médailles que les princes italiens voulurent avoir après celle de Pisanello pour Jean VIII Paléologue.

Deux cartels, deux dates

Sur Wikimedia Commons, la notice reprise de la Web Gallery of Art donne le portrait à Bonifacio Bembo, vers 1460 : tempera, 49 x 31 cm, Pinacoteca di Brera, inventaire 2239.1 Celle du musée est introuvable en ligne. Et les cartels se contredisent : en 2018, à une exposition de Prato, le même portrait était présenté comme «école lombarde, vers 1480 », d’après une photographie prise sur place.2

Bembo a bien travaillé pour le couple : à la demande du duc, il peignit pour Sant’Agostino de Crémone un retable dont seuls subsistent les portraits de Francesco et de Bianca Maria.3 Pour le portrait de Brera, on s’en tiendra donc à «attribué à Bembo ».

Crémone, octobre 1441

Bianca Maria, née en 1425, est la fille naturelle de Filippo Maria Visconti, duc de Milan, et d’Agnese Del Maino. Son père la promet très tôt au condottiere Francesco Sforza : les fiançailles sont célébrées le 23 février 1432 ; il a plus de trente ans, elle n’en a pas sept. En 1441, le duc renouvelle sa promesse et y joint Crémone et Pontremoli en dot.4,5

Sur le jour des noces, à Crémone, le Dizionario Biografico degli Italiani hésite d’une notice à l’autre : le 25 octobre 1441 pour Bianca Maria, le 24 pour son père.4,5 Le diocèse de Crémone place la cérémonie dans la petite et très ancienne église de San Sigismondo, hors de la ville. Vingt-deux ans plus tard, le 20 juin 1463, la duchesse décida d’y reconstruire le monastère et une nouvelle grande église.6

Des cartes pour un mariage ?

Les tarots peints pour les Visconti et les Sforza sont souvent attribués à Bembo.3 À propos de l’un d’eux, le jeu dit Colleoni, Jonathan Allen écrit dans le Burlington Magazine de juin 2026 qu’il fut peut-être conçu comme un cadeau de prestige, «perhaps associated with the marriage in 1441 » de Francesco Sforza et de Bianca Maria.7

Allen n’emploie pas le nom de Pierpont Morgan-Bergamo, dit aussi Colleoni-Baglioni, que porte le jeu de l’Impératrice. Mais il partage le sien entre Bergame et New York et lui compte 74 cartes, comme Wikipédia pour ce dernier : sans doute le même jeu.7,10 Le lien avec les noces reste une hypothèse : tout tient dans ce «perhaps ».

La dame de Crémone

Quand la guerre éclate en 1452, Francesco Sforza, devenu duc de Milan, laisse sa femme régente de l’État tant qu’il est au camp. Veuve, elle se fait reconnaître la seigneurie de Crémone, la ville de sa dot, où elle compte se retirer ; les relations avec son fils aîné, Galeazzo Maria, sont alors orageuses.4,8

Elle meurt le 23 octobre 1468, à Crémone selon Franco Catalano (1968), à Melegnano, sur la route de Crémone, selon Francesca Vaglienti (1998).4,8,9 On murmura que Galeazzo Maria l’avait empoisonnée ; Catalano rapporte la rumeur, sans la tenir pour un fait.4

Le portrait appartient à la Pinacoteca di Brera, à Milan. Faute de notice trouvée en ligne, nous ignorons s’il est aujourd’hui accroché.

Pour vérifier

Les numéros renvoient aux sources, en bas de page.

  1. Wikimedia Commons, notice du fichier «Bianca Maria Visconti.jpg » (Bonifacio Bembo, vers 1460, tempera, 49 x 31 cm, Pinacoteca di Brera, inv. 2239, d’après la Web Gallery of Art). commons.wikimedia.org
  2. Wikimedia Commons, photographie de Sailko (21 décembre 2018, exposition Leonardo da Vinci, l’ingegno, il tessuto, Prato) : «Scuola lombarda, ritratto di bianca maria visconti, 1480 ca. (brera) ». commons.wikimedia.org
  3. Franco Mazzini, «Bembo, Bonifacio », Dizionario Biografico degli Italiani, vol. 8, Rome, Istituto della Enciclopedia Italiana, 1966. www.treccani.it
  4. Franco Catalano, «Bianca Maria Visconti, duchessa di Milano », Dizionario Biografico degli Italiani, vol. 10, 1968. www.treccani.it
  5. Gigliola Soldi Rondinini, «Filippo Maria Visconti, duca di Milano », Dizionario Biografico degli Italiani, vol. 47, 1997. www.treccani.it
  6. Diocèse de Crémone, «Il 18 settembre a S. Sigismondo giornata tra storia, arte e fede », 13 septembre 2022. www.diocesidicremona.it
  7. Jonathan Allen, compte rendu de l’exposition Tarocchi. Le origini, le carte, la fortuna (Bergame, Accademia Carrara, 2026), The Burlington Magazine, vol. 168, n° 1479, juin 2026. www.burlington.org.uk
  8. Francesca M. Vaglienti, «Galeazzo Maria Sforza, duca di Milano », Dizionario Biografico degli Italiani, vol. 51, 1998. www.treccani.it
  9. Federico Giannini et Ilaria Baratta, «Il trittico di Bonifacio Bembo: ultimo atto dell’arte viscontea a Milano? », Finestre sull’Arte, 12 mai 2015. www.finestresullarte.info
  10. Wikipédia (en anglais), «Visconti-Sforza tarot cards » : le jeu Pierpont Morgan-Bergamo, dit aussi Colleoni-Baglioni, 74 cartes conservées. en.wikipedia.org