Deux faces, un empereur
Sur une face, un homme de profil, la barbe en pointe, coiffé d’un chapeau démesuré : une calotte haute et côtelée, posée sur un bord relevé qui s’avance en bec. Autour, une inscription grecque lui donne ses titres : « Jean, roi et empereur des Romains, le Paléologue ».3 Sur l’autre face, le même homme à cheval, l’arc au côté, se recueille devant une croix plantée au bord du chemin. Derrière lui chevauchent un écuyer, ou deux selon les descriptions ; on voit l’un des chevaux par la croupe.4,6
En haut du revers, en capitales latines : OPVS PISANI PICTORIS, « œuvre de Pisano le peintre » ; en bas, la même signature en grec.6 Pisanello signe en peintre.
Ferrare, 1438
En 1438, l’empereur byzantin Jean VIII Paléologue vient en Italie pour un concile qui doit rapprocher les Églises d’Orient et de Rome. Il s’ouvre à Ferrare, trente ans avant les Mois du palais Schifanoia, et se transporte à Florence en 1439. On y débat du dogme, mais aussi de la menace qui pèse sur l’empire d’Orient.5
Pisanello est là, une plume à la main. Une feuille de l’Art Institute de Chicago garde ses croquis : un cavalier en tenue de chasse, des hommes aux chapeaux étranges, un carquois, un arc dans son étui, un fourreau. L’historien Michael Vickers y reconnaît presque partout l’empereur, qui aurait passé la fin de 1438 à chasser, hôte d’un couvent près de Ferrare. Une feuille sœur est au Louvre, avec une première idée du cavalier de la médaille. Le carquois, l’arc et le fourreau du dessin de Chicago sont ceux que porte l’empereur sur le revers.5
La première médaille ?
Pour le Victoria and Albert Museum, c’est peut-être la première médaille de Pisanello, donc la première vraie médaille-portrait de la Renaissance. Le modèle vient des monnaies romaines que collectionnaient les humanistes : un souverain de profil d’un côté, une image de l’autre.3
On ignore qui l’a commandée, l’empereur ou ses hôtes italiens. Le nom de Leonello d’Este, seigneur de Ferrare, revient souvent : c’est une hypothèse.6 Le succès, lui, est rapide. Selon le musée des Beaux-Arts de Lyon, la médaille apparaît dès 1443 dans une fresque de Vérone, et les princes italiens veulent bientôt la leur.4
Plusieurs exemplaires, plusieurs époques
Une médaille se coule : il en existe donc plusieurs exemplaires, et tous ne datent pas de Pisanello. Les deux du Metropolitan Museum, l’un en alliage de cuivre (10 cm), l’autre en plomb (9,1 cm), sont catalogués « modèle 1439 », mais ont peut-être été coulés au XVIIe siècle.1,2 Celui que montre la loupe est le premier des deux.
On en voit d’autres au Victoria and Albert Museum de Londres (bronze, 8,5 cm) et au musée des Beaux-Arts de Lyon (bronze, 10,1 cm), qui date le sien des années 1438-1439.3,4 Le dessin de Chicago, lui, est unique.
Pour vérifier
Les numéros renvoient aux sources, en bas de page.
- Metropolitan Museum of Art, Medal: John VIII Palaeologus, alliage de cuivre, inv. 1975.1.1305 (notice et API Open Access). www.metmuseum.org
- Metropolitan Museum of Art, Medal: John VIII Palaeologus, plomb, inv. 1975.1.1306 (notice et API Open Access). www.metmuseum.org
- Victoria and Albert Museum, John VIII Paleologus, médaille de Pisanello, inv. 7711-1863. collections.vam.ac.uk
- Musée des Beaux-Arts de Lyon, notice de la Médaille de Jean VIII Paléologue, inv. Med. Ital. 5. www.mba-lyon.fr
- Art Institute of Chicago, Pisanello, Sketches of the Emperor John VIII Palaeologus, a Monk, and a Scabbard, 1438, inv. 1961.331 (notice tirée de Italian Drawings before 1600 in the Art Institute of Chicago, 1997). www.artic.edu
- Wikipédia (en anglais), « Medal of John VIII Palaeologus », avec sa bibliographie (Weiss 1966, Scher 1994, Syson et Gordon 2001). en.wikipedia.org