Les Tarocchi dits de Mantegna

I cosiddetti Tarocchi del Mantegna

Cinquante gravures qui montent du mendiant jusqu’à la Cause première. Ce n’est pas un jeu, et Mantegna ne les a pas gravées.

Gravure : le Pape assis de face sur un trône à têtes de lion, coiffé de la tiare, deux clés dans la main droite, un livre sous la main gauche.
Le Pape (Papa X), série E, n° 10. Maître des Tarocchi de la série E, Ferrare, avant 1467. Cleveland Museum of Art, CC0.

Sous la loupe La tiare

Détails à regarder

Au clavier, les flèches déplacent la loupe.

Une échelle en cinquante marches

Les Tarocchi dits de Mantegna sont cinquante gravures. Elles forment une échelle : on part du mendiant, on monte par les conditions humaines, les Muses, les arts libéraux, les vertus et les planètes, jusqu’à la demeure de Dieu.1

Les gravures se répartissent en cinq groupes de dix, marqués E, D, C, B et A : les conditions de l’homme, Apollon et les neuf Muses, les arts libéraux avec la Poésie, la Philosophie et la Théologie, les vertus avec trois « génies », enfin les sphères du monde.1

Gravure : une femme debout, voilée, tient une tablette à compter.Gravure : le char du Soleil traverse le ciel au-dessus d’un paysage.
Deux marches de l’échelle : Arithmetica, série C (Metropolitan Museum of Art, CC0), et Sol, série A, vers 1465 (domaine public).

Ni un jeu, ni Mantegna

Le mot tarocchi désigne un jeu de cartes. Le musée de Cleveland le tient pour un contresens : ces feuilles étaient sans doute un outil d’enseignement.1 Elles ont été attribuées à Andrea Mantegna jusqu’au XIXe siècle ; les historiens ne les lui donnent plus.4

Il en existe deux séries, dites E et S, gravées par deux artistes restés anonymes. Pour la série E, on retient le plus souvent Ferrare vers 1465 ; un manuscrit daté de 1467 en copie déjà certaines images. Beaucoup d’historiens rapprochent leur style des fresques du palais Schifanoia, peintes dans la même ville.4

Le Pape, dixième marche

La dixième gravure de la série E clôt les conditions de l’homme. Le Pape est assis de face sur un trône aux accoudoirs à têtes de lion ; il porte la tiare, tient deux clés dans la main droite et pose l’autre main sur un livre.2 Au bas de la feuille, on lit la lettre E, le nom PAPA, le chiffre romain X et le chiffre 10.

La Cause première

La cinquantième et dernière gravure n’a pas de personnage. Des cercles concentriques entourent la Terre : les quatre éléments, puis les sept planètes, le premier mobile et, tout autour, trois cercles rayonnants.3 C’est un schéma du monde tel qu’on se le représentait, dessiné comme une marche de plus.

Gravure : des cercles concentriques autour de la Terre, entourés de trois cercles rayonnants.
La Sphère de l’Empyrée (Prima Causa), série A, n° 50. Maître des Tarocchi de la série E. Cleveland Museum of Art, CC0.

Où les voir

Les séries sont surtout conservées dans des musées.4 Le Cleveland Museum of Art possède une suite complète des cinquante gravures de la série E, rehaussées d’or ; le Metropolitan Museum de New York conserve l’Arithmétique reproduite plus haut.1,5

Pour vérifier

Les numéros renvoient aux sources, en bas de page.

  1. Cleveland Museum of Art, « Tarocchi », suite de 50 gravures, inv. 1924.432 (notice). clevelandart.org
  2. Cleveland Museum of Art, « The Pope », série E, n° 10, inv. 1924.432.10. clevelandart.org
  3. Cleveland Museum of Art, « The Empyrean Sphere », série A, n° 50, inv. 1924.432.50. clevelandart.org
  4. Wikipédia (en anglais), « Mantegna Tarocchi ». en.wikipedia.org
  5. Metropolitan Museum of Art, « Arithmetic », Maître des Tarocchi de la série E, 1460-1470, inv. 1995.160.2. www.metmuseum.org